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T La Revue : "Et si nous nous inspirions de l’eau ?"


Couverture de T La Revue, n°10, le bimestriel de La Tribune


La philosophe Gabrielle Halpern tient désormais la chronique "Eloge de l'hybridation" dans T La Revue.


L’être humain est un drôle d’animal. Pour survivre dans le vaste monde, disait Emmanuel Kant, la nature ne lui a donné, ni les cornes du taureau, ni les griffes du lion, ni les crocs du chien, ni les ailes de l’oiseau, mais seulement les mains et la raison. Qu’à cela ne tienne, loin de nous laisser déborder par ce qui nous entoure, nous avons développé grâce à cette dernière une stratégie implacable nous permettant de tout maîtriser… Depuis des siècles, en effet, notre bonne vieille rationalité a transformé notre cerveau en « usine de production massive de cases »[1] dans lesquelles nous enfermons la réalité, non sans l’avoir préalablement découpée, triée et classée. En rangeant systématiquement dans des cases tout ce et tous ceux qui se trouvent autour de nous, nous pensons avoir un pouvoir immense. Et c’est ainsi que nous passons nos journées à ranger nos clients, nos concurrents, nos collègues, nos amis, nos conjoints, nos concitoyens dans des cases. Ni vu ni connu, nous collons des étiquettes sur tout et sur tout un chacun, sans prendre conscience du fait que cette manière d’aborder la réalité, la nature et les autres êtres humains nous fait complètement passer à côté d’eux.


Et s’il y avait une autre manière, moins rigide, d’aborder la réalité et ceux qui nous entourent ? C’est là que l’eau entre en scène. Symbole même de la plasticité, l’eau nous ébahit dans sa manière de se couler partout, dans sa capacité à ne pas être tentée de se figer, de s’installer définitivement dans une forme. Jacqueline de Romilly écrivait que l’ « on ne se méfie jamais assez du provisoire »[2] et c’est en ce sens que l’eau, dans son assomption du provisoire, est digne d’inspiration. Vouant depuis des siècles un culte à l’identité, nous avons oublié que tous les vivants sont appelés à la métamorphose, - les humains, les animaux, les végétaux. Il n’y a que les morts qui ne changent plus. Nous qui avons tant de mal à accepter les changements, nous devrions nous souvenir que la métamorphose est le luxe des vivants.


[1] Gabrielle Halpern, « Tous centaures ! Eloge de l’hybridation », Le Pommier, 2020. [2] Jacqueline de Romilly, « Jeanne », Le Livre de Poche, 2012.


Pour en savoir plus et lire la suite de sa chronique (Revue disponible en kiosque également): https://www.latribune.fr/entreprises-finance/transitions-ecologiques/eloge-de-l-hybridation-et-si-nous-nous-inspirions-de-l-eau-924040.html