« Se projeter dans l’avenir est un art de la volonté » - Tribune de la philosophe Gabrielle Halpern dans La Croix
- gabriellehalpern
- 10 août
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A l'occasion de la parution de son essai "Intelligence artificielle: et l'Homme créa Dieu" (Hermann), la philosophe Gabrielle Halpern a publié une tribune dans le journal La Croix.
"Crise sanitaire, crise énergétique, crise géopolitique, crise politique, crise démocratique… Le mot crise est devenu omniprésent au point que nous avons le sentiment de passer de l’une à l’autre, comme si les Dix plaies d’Égypte s’abattaient sur nos têtes, sans nous laisser de répit et sans non plus nous dire si elles ne sont que dix ou davantage. Comme les caméléons, nous pouvons attendre la prochaine crise pour y réagir et nous y adapter coûte que coûte ; comme les complices des pythies, nous pouvons attendre que les scénarios du futur nous apprennent que « ce qui a été sera » et qu’ « il n’y a rien de nouveau sous le soleil », pour reprendre les mots de l’Ecclésiaste[1] ; comme les sophistes des temps anciens, nous pouvons attendre que « l’avenir pleuré d’avance »[2] s’induise ou se déduise du présent dans la fatalité implacable de la logique et de ses syllogismes… Ou alors, nous pouvons comprendre que se projeter dans l’avenir ne devrait jamais être considéré comme un exercice d’induction et de déduction, mais comme un art de la volonté : l’avenir se veut !", Gabrielle Halpern
"Rien n’illustre mieux cette idée qu’une blague juive extraordinaire avec ce Monsieur qui se plaint tout le temps à Dieu, parce qu’il n’a toujours pas gagné au Loto. Au bout d’un certain temps, Dieu s’énerve et lui répond : « je veux bien t’aider, mais achète au moins un ticket » ! Chacun de nous ne devrait-il pas faire sienne cette devise : « il faut acheter des tickets ! » ?Cela rejoint l’un des plus beaux Psaumes de David qui donne à voir et à penser une certaine définition de notre humanité :« éveille-toi mon âme ! Éveillez-vous, mon luth et ma harpe ! Je vais éveiller l'aurore ! »[3]. Si l’être humain a souvent été décrit comme un animal en éternel décalage, - au point que Günter Anders écrivait qu’il est « étranger au monde »[4], « si peu taillé pour ce monde, si coupé du monde, si étranger à ce dernier »[5] -, c’est peut-être parce qu’il a été créé pour avoir un rapport au monde différent de celui des autres animaux. Un décalage pour susciter une vigilance. Un décalage pour provoquer une responsabilité. Un décalage qui oblige, par l’inconfort qu’il crée. Éveiller l’aurore, c’est être dans un rapport d’alerte, de conscience à l’égard du monde", Gabrielle Halpern
[1] Livre de l’Ecclésiaste 1 : 9.
[2] Günther Anders, L’avenir pleuré d’avance, 1961.
[3] Psaume de David 57, 9.
[4] Günther Anders, L’humain étranger au monde, éditions fario, 2023.
[5] Günther Anders, op. cit., p. 17-18.", Gabrielle Halpern
"Cette question se pose avec d’autant plus de nécessité aujourd’hui qu’elle recèle une dimension éminemment politique. A la lecture des programmes passés et à l’écoute des prises de parole actuelles des partis, nous pourrions prêter mille rôles au politique – sécurité, défense, ordre public, écologie, éducation, solidarité, réindustrialisation, santé et tant d’autres -, mais cela risquerait peut-être de nous faire passer à côté de sa vocation essentielle : éveiller l’aurore ! Éveiller le jour pour qu’il y ait une aurore de notre pays. Éveiller la harpe et le luth pour qu’il y ait une envie de se lever, au lieu de se rendormir vers mille rêves utopiques et mille cauchemars bien réels. Alors qu’une année nous sépare de la prochaine élection présidentielle, qui s’élèvera pour nous faire une telle promesse, et surtout, pour la tenir ? « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil », disait l’Ecclésiaste. Nous le savons tous, n’est-ce pas, qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil ? Cela pourrait être vu comme un verset de désespoir, mais lisons-le autrement ! Il nous invite à chercher ailleurs… « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil », mais sous la lune et les étoiles, l’espérance en un avenir meilleur a le droit de briller", Gabrielle Halpern
Pour lire la tribune en intégralité: https://www.la-croix.com/a-vif/se-projeter-dans-l-avenir-est-un-art-de-la-volonte-20260418

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