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Radio RCJ: « La haine donne-t-elle le sentiment d’exister ? »


Cette chronique est présentée par Gabrielle Halpern chaque mardi dans le journal de 12h sur la radio RCJ et vous offre un regard philosophique sur l'actualité.


La haine. C’est étonnant, la haine, lorsque l’on y pense. Il y a eu et il y aura encore des milliers de romans parlant de l’amour, expliquant l’amour, décrivant l’amour, ses débuts, sa fin, les vulnérabilités qu’il vient créer en nous et les ressorts inouïs d’énergie qu’il cultive en nous. C’est bien simple, si l’amour nous rend aveugles, il nous permet également de déplacer des montagnes. Untel a rencontré la femme de sa vie et il est métamorphosé, il s’est enfin mis à la cuisine ! Unetelle a rencontré l’homme de sa vie et elle arrive enfin à l’heure à tous ses rendez-vous, elle qui était toujours en retard, etc. Chacun d’entre nous a mille exemples autour de lui témoignant de ce que l’amour provoque en quelqu’un. Chacun d’entre nous a vécu cet éclatement de soi que représente la rencontre amoureuse, éclatement de soi pour mieux accueillir l’autre et lui offrir l’hospitalité qu’il mérite dans notre vie. Tout le monde sait ce que c’est que l’amour.


Bon, mais la haine ? Pourquoi fait-elle l’objet de si peu de considération ? Il est rare de trouver un roman s’articulant autour de la haine, il est rare d’entendre des émissions de télévision ou de radio dédiées à la haine, en tant que telle. D'ailleurs, les philosophes de la haine ne sont pas si nombreux. Et pourtant, chacun d’entre nous a mille exemples autour de lui témoignant de ce que la haine provoque en quelqu’un. Chacun d’entre nous a vécu ce raffermissement de soi que représente l’émergence de la haine, raffermissement de soi pour mieux rejeter l’autre et détruire toute place qu’il pourrait avoir dans notre vie. Tout le monde sait ce que c’est que la haine. Mais on en parle moins que l’amour, parce que c’est une chose laide. Pourtant, son pouvoir de bouleversement d’une vie est tout autant ravageur que celui de l’amour, et cela est vrai à la fois pour celui qui l’éprouve que pour celui qui en est l’objet.


A l’heure où la haine se déverse sur les réseaux sociaux, à la télévision, à la radio, dans la rue, partout où des êtres humains se trouvent, il est bon de s’interroger. Que signifie la haine ? De quoi se nourrit-elle ? Quelle est sa force mystérieuse ? Je souhaiterais partager avec vous le regard du philosophe extraordinaire Günther Anders, qui a consacré un ouvrage à la question de la haine. En effet, pour nous aider à mieux comprendre ses ressorts, il part de la mythique phrase de cet autre philosophe René Descartes : « je pense, donc je suis »... Si la haine est si forte, c’est parce qu’elle relève d’un « je hais, donc je suis ». Haïr donne à celui qui hait un sentiment d’existence immense. A l’heure où nous sommes entourés de haineux, il est bon de les interroger : ne savez-vous donc pas exister autrement que par votre haine ?




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