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Radio RCJ: « En quoi croit l’Occident ? »

Dernière mise à jour : 12 nov. 2023


Cette chronique est présentée par Gabrielle Halpern chaque mardi dans le journal de 12h sur la radio RCJ et vous offre un regard philosophique sur l'actualité.


"J’aimerais partager avec vous la lecture d’un texte qui mérite une attention toute particulière, parce que, même s’il peut sembler quelque peu daté à certains égards, les questions qu’il pose, qu’il nous pose, sont d’une étonnante actualité. Karl Popper, philosophe des sciences d’origine autrichienne, naturalisé britannique, a écrit et prononcé à Zürich en 1958 une conférence au titre frappant : « En quoi croit l’Occident ? ». Entendons-nous bien, il parlait de l’Occident, en tant qu’il s’oppose au bloc communiste de l’Est. Il justifie ainsi ce sujet : « Tous, nous avons traversé l’épreuve des croyances durement ébranlées (…). Il n’est pas facile de savoir, aujourd’hui, en quoi, dans l’Occident, nous devons croire ».


Il nous entraîne alors avec lui dans sa réflexion. Il propose tout d’abord une première réponse : le rationalisme. Le rationalisme hérité des philosophes des Lumières, c’est-à-dire la pleine liberté de pensée, et sa précondition : la liberté politique. « Le rationalisme (…) est une idée sans laquelle l’Occident n’existerait pas ». Mais Karl Popper a bien conscience que le rationalisme est ressenti comme quelque chose de désuet et que les sciences ne sont plus en odeur de sainteté depuis la bombe atomique. Par ailleurs, certes, rien n’a exercé une aussi forte influence sur l’histoire des idées occidentales que le christianisme, mais à son sens, « notre société n’est pas une société chrétienne, pas plus qu’elle n’est une société rationaliste ».


Après avoir bien cherché, le philosophe nous explique que ce qui caractérise l’Occident est justement de ne pas croire en une seule chose, mais en de nombreuses choses, bonnes et mauvaises. « C’est là un signe de la puissance supérieure de l’Occident que nous puissions nous offrir ce luxe. S’il s’unissait autour d’une idée, d’une croyance, d’une religion, ce serait sa fin, notre capitulation, notre soumission inconditionnelle à l’idée totalitaire ». Karl Popper décrit alors certaines de ces bonnes choses : le fait que nous abhorrions l’arbitraire, l’oppression, la violence et la pauvreté et que nous combattions pour l’éducation pour tous et pour la démocratie, même si nous sommes conscients qu’elle n’est pas parfaite, mais qu’elle est le régime du moindre mal. Il termine sa conférence avec ces mots : « non décidément, nous ne visions pas dans une société de masse. Au contraire, il n’y a jamais eu d’époque où tant de gens furent prêts à consentir des sacrifices et à assumer leur responsabilité. Jamais auparavant il n’y eut un tel capital d’héroïsme réfléchi et personnel comme au cours des guerres inhumaines de notre temps et jamais les incitations sociales et matérielles à l’héroïsme n’avaient été aussi ténues »… Prenant l’exemple du soldat inconnu devant lequel on s’incline, il en fait un symbole : « cela exprime notre foi, la foi que ceux d’Occident mettent en leur compagnon, simple inconnu sans nom. Nous ne nous demandons pas s’il faisait partie de la « masse » ou de l’ « élite ». C’était un être humain, à prendre comme un tout ». La seule chose qui compte, c’est l’humanité.


Ces mots datent de 1958. Et aujourd’hui, en quoi croit l’Occident ?"


Pour retrouver ce texte en intégralité: Karl Popper, "En quoi croit l'Occident?", A la recherche d'un monde meilleur, Les Belles Lettres, 2011.




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