"Municipales : la Cité sans ses citoyens ?" - Tribune de la philosophe Gabrielle Halpern dans Ouest France
- gabriellehalpern
- 17 avr.
- 2 min de lecture

A l'occasion de la parution de son essai "Nos paroles empêchées", coécrit avec Anne-Lyse Chabert (Editions de l'Aube), la philosophe Gabrielle Halpern a publié une tribune dans le journal Ouest France à l'issue des élections municipales pour réfléchir à la question de l'abstention.
""Il n’y a plus de vie privée" ! C’est ce que nous entendons si souvent autour de nous… Mais c’est exactement l’inverse de ce à quoi nous assistons réellement. Ce qui a bel et bien disparu, c’est la vie publique ! L’abstention lors des élections municipales et des précédentes élections en est un symptôme de plus. A force de publier les photos de ses vacances, de son plat au restaurant, de sa dernière coupe de cheveux, à force de raconter ses bonheurs et ses malheurs sur les réseaux sociaux ou autour de la machine à café du bureau, c’est la vie privée qui a débordé de son lit, qui dégouline et qui a complètement absorbé la vie publique pour la faire disparaître petit à petit et régner en maître", Gabrielle Halpern
"Comment un tel phénomène a-t-il pu voir le jour ? La philosophe Hannah Arendt nous donnait déjà quelques pistes en son temps … Le problème vient de ce que nous avons mal compris les mots d’Aristote qui définissait l’être humain comme « un animal politique ». Les Romains ont dénaturé la pensée du philosophe en la traduisant en « l’homme est un animal social ». Cette terrible erreur de traduction n’a rien d’une anecdote ; en passant du politique au social, nous avons perdu le sens du politique et la conception de la vie publique qu’il sous-tendait. Chez les Grecs, la vie publique était celle où l’on pouvait exister véritablement et être authentiquement « humain », puisque c’était la vie où l’on agissait, où l’on initiait quelque chose. Face à cette vie publique extra-ordinaire, il y avait la vie privée. « Privée », car c’était la vie où l’on était privé de quelque chose. En assimilant le politique au social, nous avons fait de la politique une simple fonction de la société. Puis peu à peu, la vie privée a étendu ses tentacules pour recouvrir tout le domaine de la vie publique", Gabrielle Halpern
"Si de plus en plus de citoyens ne viennent plus voter, c’est parce que la vie privée a pris tout l’espace et qu’elle a littéralement dévoré la vie publique. Au fur et à mesure que l’abstention s’accroît, le nombre de citoyens décroît. A l’heure où beaucoup critiquent les personnalités politiques pour rejeter sur elles la faute de cette abstention, il serait salutaire, au contraire, de réveiller les citoyens endormis dans les selfies et de faire revivre la vie publique, en refusant les tentatives assimilationnistes de la vie privée sur elle (...). En démocratie, la parole n’est jamais empêchée et le rite que constitue le vote garantit, codifie et structure son expression. Alors pourquoi s’abstenir quand on peut parler ?", Gabrielle Halpern
Pour lire la tribune en intégralité: https://www.ouest-france.fr/reflexion/point-de-vue-municipales-la-cite-sans-ses-citoyens-5ebf6574-26bc-11f1-aab7-85ef88fbd7c1

Découvrez tous les livres de Gabrielle Halpern chez votre libraire préféré!

Pour commander et réserver votre ouvrage: https://www.leslibraires.fr/recherche/?q=Gabrielle+halpern


