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"Magnifica Humanitas" - Interview de la philosophe Gabrielle Halpern dans la matinale de France Inter

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    gabriellehalpern
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture


Invitée de la Matinale de France Inter, aux côtés d'Eric Sadin, la philosophe Gabrielle Halpern a apporté son regard sur l'Encyclique du Pape Léon XIV consacrée à la question de l'intelligence, en écho à son essai: "Intelligence artificielle: et l'Homme créa Dieu", Hermann.


« Vous êtes le sel de la terre ; mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? »[1], demande Jésus dans les Évangiles. Pourquoi sommes-nous mis en garde contre la perte de notre saveur ? Tout se passe comme si chaque génération devait affronter cette question. Où notre « sel » réside-t-il ? Aujourd’hui, comme l’écrit Sa Sainteté, le Pape Léon XIV, l’intelligence artificielle nous interroge sur notre humanité. En effet, lorsque l’être humain a été « jeté dans le monde », il s’est toujours défini en fonction des autres animaux, en cherchant à mettre en évidence ce qui le distinguait d’eux et ce qu’il avait en monopole. C’est ainsi qu’Aristote a écrit que « l’homme est un animal politique » ou que Marcel Mauss a décrété que « l’homme est un animal cuisinier ». Les autres animaux nous servaient d’étalon, d’outil de mesure et de comparaison pour nous aider à savoir qui nous sommes. Mais aujourd’hui, nous avons cessé de regarder les autres animaux ; nous ne cherchons plus à nous définir par rapport à eux, nous avons les yeux rivés sur les outils qui nous entourent. Chat GPT est-il plus ou moins créatif que moi ? L’être humain a-t-il le monopole de la pensée ou les robots l’auront-ils aussi ? Ne sachant plus vraiment qui nous sommes dans le monde, nous avons acquis notre omnipotence au prix de notre ignorance, pour reprendre les mots du philosophe Günther Anders", Gabrielle Halpern
"On entend parler d’hybridation homme-machine, mais il s’agit d’un mésusage de ce terme. Il ne saurait y avoir d’hybridation entre l’homme et la machine, puisque l’on ne peut s’hybrider[2] qu’avec ce qui est radicalement différent de soi… Or, les nouvelles technologies ne constituent en aucun cas une altérité radicale, puisqu’elles sont le fruit de la main de l’Homme. La question est plutôt de voir dans quelle mesure l’IA peut nous pousser, - nous, êtres humains -, à nous hybrider les uns les autres. A retrouver le sens de la vie – « Choisis la vie ! »[3] - alors que comme l’écrit Sa Sainteté, notre rapport à elle est en crise, et avec elle, notre rapport à l’altérité, à la vulnérabilité. L’Encyclique nous invite à retrouver le goût salé de l’Autre et à nous interroger sur notre responsabilité. Il y a d’ailleurs une magnifique phrase de Léon XIV que je vous rapporte : « la fragilité humaine n’est pas une erreur à corriger »… Quand Adam et Ève ont mangé du fruit défendu, Dieu ne leur a pas demandé « qu'as-tu fait ? », mais « où es-tu ? », autrement dit « quelle est ta place désormais dans ce monde ? ». Le défi de l'humanité est celui de définir sa place…", Gabrielle Halpern

[1] Evangile selon saint Matthieu, chapitre 5 :13.

[2] Gabrielle Halpern, « Tous centaures ! Eloge de l’hybridation », Le Pommier, 2020.

[3] Deutéronome 30 :19.






















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