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"Le féminin effraie encore dans de nombreux milieux professionnels" - Interview de la philosophe Gabrielle Halpern sur B Smart concernant la parité femme-homme



La philosophe Gabrielle Halpern a été interviewée par Marie-Claire Capobianco sur la chaîne B Smart, dans son émission Smart Women, afin de partager avec les téléspectateurs son regard sur le féminin, sur la place des femmes dans la société, dans le monde du travail ou dans le monde intellectuel.


"Quel est le lien commun entre l’incapacité de départements ou services au sein des entreprises ou au sein des institutions publiques à travailler ensemble ou à partager des informations, les barrières à l’embauche si l’on est une femme, si l’on est trop âgé ou trop jeune ou si l’on a une formation hétéroclite ? Dans toutes ces situations, qui peuvent sembler a priori très diverses, c’est pourtant à chaque fois l’entre-soi qui est à l’œuvre. La consanguinité est leur dénominateur commun.


Comment avons-nous fait pour en arriver là ? Quels sont les ressorts qui nous entraînent sans cesse dans les mêmes travers ? Nous pourrions appeler cela la « pulsion d’homogénéité ». Concrètement, cette pulsion nous conduit à ne fréquenter que des gens qui nous ressemblent, à ne nous intéresser qu’à ce que nous connaissons déjà, à ne nous abonner sur les réseaux sociaux qu’à des comptes correspondants au nôtre, et ainsi construisons-nous autour de nous une bulle homogénéisante. Cette pulsion nous pousse vers une quête absurde de « pureté » ; elle nous pousse à homogénéiser tout ce et ceux que nous rencontrons, pour ne surtout pas avoir à assumer leur altérité, leur différence.


Cette pulsion, qui peut rassurer et apporter un sentiment de protection, est en chacun d’entre nous et il est difficile de lui résister. C’est un travail de tous les jours de la combattre ; une pierre de Sisyphe qu’il faut sans cesse hisser jusqu’au sommet de la montagne. Intrinsèquement, à cause de notre terreur de l’incertitude, nous avons une incapacité à assumer pleinement et naturellement la singularité, la diversité, l’altérité. Dans son ouvrage, Masse et Puissance, l’un des plus grands penseurs européens du XXe siècle, Elias Canetti, nous explique que l’être humain redoute plus que tout au monde le contact de l’inconnu, et que toutes les distances, tous les comportements qu’il adopte sont dictés par cette phobie du contact. C’est au sein de la masse uniformisante seulement que l’homme a l’impression qu’il peut être libéré de cette phobie. Et ainsi aboutissons-nous à cela : l’émergence de communautés, de groupes, fondés sur un principe d’identité et dont les membres sont donc identiques les uns aux autres. Tout élément, toute personne, toute idée hétéroclite ou hétérogène est repoussé et rejeté, car pouvant être perçu comme une menace contre l’homogénéité rassurante que le collectif a édifiée et dans laquelle il s’est retranché et emprisonné. Cela est flagrant au sein des comités exécutifs de grandes entreprises ou au sein de comités de direction d'institutions publiques: ne pas être diplômé de telle ou telle grande école ou être une femme, par exemple, constituent encore trop souvent des zones d'imprévisibilité qui effraient... ", Gabrielle Halpern





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