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"L'intelligence artificielle nous invite à une prise de conscience quant à nos attentes à l’égard des autres" - Interview de la philosophe Gabrielle Halpern dans la Revue AJFP

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    gabriellehalpern
  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

La philosophe Gabrielle Halpern a accordé une interview à la revue AJFP (Actualité Juridique des Fondtions Publiques) après avoir mené un travail de recherche au cours de l'année 2025 pour réfléchir à la manière dont l'intelligence artificielle pourrait faire évoluer les identités professionnelles, qui a été publié par la Fondation Jean Jaurès.


"Un certain nombre de philosophes ont eu l’intuition qu’il y avait un lien très fort entre nos actions, nos activités et notre identité. C’est ainsi qu’Aristote écrivait que « c’est en construisant qu’on devient constructeur et en jouant de la cithare qu’on devient cithariste ; ainsi encore, c’est en pratiquant les actions justes que nous devenons justes, les actions modérées que nous devenons modérés et les actions courageuses que nous devenons courageux ». Autrement dit, on est ce que l’on fait, on devient ce que l’on fait et l’identité est le fruit d’une action répétée. L’histoire a retenu que « c’est en forgeant que l’on devient forgeron »… D’autres philosophes lui ont emboîté le pas, à l’instar de Jean-Paul Sartre qui voyait, lui aussi, un lien inextricable entre notre identité et nos actions : « ce sont nos actes qui nous définissent ». Ces intuitions philosophiques ont été corroborées par les sciences cognitives qui montrent que les connexions neuronales et le développement de telle ou telle zone cérébrale dépendent étroitement de nos activités ; un violoniste n’ayant pas « le même cerveau » qu’un chauffeur de taxi. Autrement dit, si l’habit ne fait pas toujours le moine, il semblerait que l’on ait le cerveau de son métier ! Toute la question maintenant est la suivante : si c’est en forgeant que je deviens forgeron, suis-je toujours forgeron si je délègue une part de mon activité à ChatGPT ? Ai-je encore le cerveau d’un forgeron ?", Gabrielle Halpern
"L’intelligence artificielle stimule tout particulièrement des zones cérébrales liées à la détection d’erreurs et à la régulation de l’attention. Un urbaniste, un juriste, un comptable ont des métiers extrêmement différents, vous en conviendrez, mais si leur usage de l’IA s’amplifie, ils vont surdévelopper la même zone du cerveau liée à la détection d’erreurs : l’urbaniste vérifie par exemple les simulations urbaines et les modélisations des risques proposées par l’IA, le juriste vérifie les points de droit soulevés par l’IA, le comptable vérifie les calculs effectués par l’IA. A des métiers radicalement différents va correspondre de plus en plus une activité cérébrale similaire. Tous vérificateurs ! Se pose alors la question de l’uniformisation des cerveaux et des métiers ; il peut donc y avoir un bouleversement des identités professionnelles qui peut provoquer un sentiment de malaise chez le professionnel et peut-être un risque de perte de sens de son rôle et de sa singularité au sein du collectif", Gabrielle Halpern

"Ce que j’ai compris en menant ce travail de recherche, c’est combien l’intelligence artificielle est un révélateur d’angles morts, un coup de projecteur jetant une lumière crue sur des questions essentielles que nous avons malheureusement cessé de nous poser. Qu’est-ce qui fait le médecin ? L’établissement d’un diagnostic ? La rédaction d’une ordonnance ou la réalisation d’un soin ? L’explication de la maladie au patient ? De la même manière, qu’est-ce qui fait le juriste ? L’expertise ? La créativité ? L’écoute ? Le conseil ? Le jeu de va et vient entre le réel et le droit ? Ce qui fait le directeur des ressources humaines, est-ce l’empathie, l’imagination, la mémoire, la technicité, la pédagogie, le discernement ? Qu’est-ce qui fait l’attaché territorial, le bibliothécaire, le directeur de centre de loisirs, l’assistante sociale ? L’IA est une sorte de révélateur chimique qui interroge chaque métier, chaque fonction", Gabrielle Halpern
"Si Chat GPT sait tout, à quoi serviront encore les experts demain ? Sur quels critères les recruter et sur quels critères les évaluer ? A l’ère de l’IA, ce ne sera pas tant l’expertise que l’expertise partagée qui comptera, c’est-à-dire qu’il sera attendu de la part des experts et des techniciens qu’ils soient généreux de leur savoir et adoptent un esprit plus collaboratif. Friedrich Nietzsche définissait le spécialiste comme « l’homme à l’horizon restreint »… Demain, il faudra être à la fois généreux et curieux", Gabrielle Halpern




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