« Je vais éveiller l’aurore » - Tribune de la philosophe Gabrielle Halpern dans Actu J
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- il y a 2 jours
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A l'occasion de la parution de son essai "Intelligence artificielle: et l'Homme créa Dieu" (Hermann), la philosophe Gabrielle Halpern a publié une tribune dans Actu J.
« Je vais éveiller l'aurore ! »[1]. Ce psaume de David donne à penser une certaine définition de notre humanité. Si l’être humain a souvent été décrit comme un animal en éternel décalage, - au point que Günther Anders écrivait qu’il est « étranger au monde »[2], c’est peut-être parce qu’il a été créé pour avoir un rapport au monde différent de celui des autres animaux. Un décalage pour provoquer une responsabilité… Or, pour être en mesure d’éveiller, il faut savoir écouter les bruissements[3] de la nuit, comprenant par là qu’il y a quelque chose à entendre, parce qu’il y a quelque chose à réparer, qui ne se dévoile dans toute sa vulnérabilité qu’au cœur de l’obscurité. Et au cœur de ce bruissement, discerner le battement des ailes de la colombe, la « mythique colombe égarée, la chercheuse de paix qui volette au-dessus de nos têtes, anxieuse et déjà fatiguée »[4] pour reprendre les mots de Stefan Zweig. Il se dessine alors un choix dans notre manière de vivre : être celui qui est éveillé par le monde ou devenir celui qui éveille le monde ? Être celui qui éveille l’aurore ou celui qui n’entend pas sonner son réveil !", Gabrielle Halpern
"Ce verset de ce Psaume de David fait écho à l’idée talmudique de se hâter pour aller prier ou pour aller étudier, - « Hâtons-nous de servir l’Eternel » (Os. 6,3) ou encore « On doit toujours courir vers l’étude » (Berakhoth) -, comme s’il y avait une urgence, comme s’il ne fallait pas seulement être présent au rendez-vous, mais être en avance. Être en avance sur le réveil, être en avance sur la prière ou l’étude, être en avance sur son prochain, ainsi qu’il est écrit : « lorsqu’on a coutume d’être salué par son prochain, on doit essayer de devancer son salut » (Berakhoth). Éveiller l’aurore n’est pas seulement une manière d’être au monde, mais aussi de considérer l’Autre. Prendre les devants, non pas pour surpasser, mais pour montrer au monde, pour montrer à l’Autre qu’on les attend, qu’on ne les considère jamais comme acquis. Qu’est-ce que l’amour, sinon, cette rencontre magique où chacun éveille en l’autre l’aurore ? Si l’aube désigne les premières lueurs du jour - une couleur indécise, presque voilée -, l’aurore est éclatante et, à travers sa couleur rosée ou jaune doré, provoque une autre manière de voir la vie, comme si un nouveau monde était créé par l’irruption de la personne aimée. Que ferons-nous de cette aurore ?", Gabrielle Halpern
[1] Psaume de David 57, 9.
[2] Günther Anders, L’humain étranger au monde, éditions fario, 2023.
[3] La source de Jacob, Verdier, 2001.
[4] Stefan Zweig, La légende de la troisième colombe, Collection Bouquins."

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