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Grande interview de la philosophe Gabrielle Halpern et d'Elie Chouraqui dans le magazine La Vie

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    gabriellehalpern
  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture

A l'occasion de la parution de son essai "Intelligence artificielle: et l'Homme créa Dieu" (Hermann), la philosophe Gabrielle Halpern a rencontré Elie Chouraqui, qui publie de son côté deux bandes dessinées relatant l'histoire de Moïse et celle de David, dans une grande interview croisée publiée par le Magazine La Vie.


"Je suis une amoureuse de la Bible, dont les récits ont aussi bercé mon enfance. En parallèle de mes études de philosophie, j’ai suivi des cours d’exégèse biblique, d’abord à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon, puis à Jérusalem, où j’ai étudié la Bible dans une yeshivah une école talmudique –, de manière intensive pendant près d’un an. Tout en dormant parallèlement dans un couvent… Ce que j’aime par-dessus tout dans ce texte, c’est précisément qu’il n’a rien de « parfait ». Il est au contraire jonché d’ellipses, de redondances, de contradictions, de passages arides, obscurs et parfois absurdes. Or, ce sont ces imperfections mêmes qui constituent toute sa beauté et sa richesse inépuisable. Une vie entière ne suffirait pas à le comprendre ; il demeurera toujours énigmatique, d’autant que l’hébreu est une langue polysémique. Tout a mille sens et encore dix mille autres ! D’où ces siècles de commentaires et de commentaires, de commentaires de commentaires, et ainsi de suite. Oui, il y a là quelque chose de fascinant. Et aussi de touchant dans ces patriarches et matriarches qui, à l’image du texte biblique, sont pétris de défauts et de faiblesses. Loin d’être des anges, ce sont des êtres profondément humains, et c’est peut-être ce qui nous les rend si proches, si aimables", Gabrielle Halpern
« Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui créer une aide digne de lui » (Genèse 2, 18), dit Dieu dans le récit de la Création. L’altérité est comme une correction, une réparation de l’humanité. Et l’on apprend à en goûter la saveur dans l’art de la confrontation véritable, où chaque voix a une légitimité. Élie, vous vous projetez en David. Moi, c’est en Moïse ! Il est l’être hybride par excellence : il a un pied dans une enfance égyptienne et un autre dans une origine hébraïque. Ni complètement d’ici, ni complètement d’ailleurs, mais à la fois ici et ailleurs. D’où son syndrome de l’imposteur, si j’ose dire, car il a le sentiment que chaque monde le regarde en disant : « Es-tu vraiment des nôtres ? » Pourtant, c’est précisément parce qu’il parle la langue des Égyptiens et celle des Hébreux que Dieu l’a choisi pour jouer l’intermédiaire ; Aaron en aurait été incapable. Moïse est le traducteur, le métisseur, l’éternel étranger qui, parce qu’il appartient à plusieurs mondes, est à même de construire des ponts entre eux. Mais cette identité hybride est terriblement lourde à porter : c’est un écartèlement permanent", Gabrielle Halpern






















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