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« En France, nous devons être capables de nous réjouir les uns pour les autres » - Tribune de la philosophe Gabrielle Halpern dans La Croix

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    gabriellehalpern
  • il y a 5 jours
  • 2 min de lecture

A l'occasion de la parution de son essai "Intelligence artificielle: et l'Homme créa Dieu" (Hermann), la philosophe Gabrielle Halpern a publié une tribune dans le journal La Croix.


"Selon le proverbe, c’est en cas de malheur que l’on reconnaît ses vrais amis… Cette idée a bercé notre enfance et continue à nous accompagner en tant qu’adultes. Mais il se pourrait bien que l’expérience de la vie nous oblige à corriger cette idée reçue. En effet, faire preuve d’empathie envers son prochain et se lamenter à ses côtés n’est pas un exercice particulièrement difficile ; et ce d’autant plus que la pitié recèle presque quelque chose d’immédiat, d’instinctif, pour ne pas dire de mécanique. Le pauvre Job – visité par ses amis - en sait quelque chose ! Alors s’il fallait corriger cette formule proverbiale, il conviendrait de la réécrire ainsi : c’est en cas de bonheur que l’on reconnaît ses vrais amis… Vous trouverez toujours quelqu’un pour se lamenter avec vous. Des amis, comme des ennemis, comme des anonymes. Mais qui se réjouira à vos côtés ? Qui vous aime suffisamment pour être heureux de votre bonheur ? Qui est suffisamment fort pour ne pas vous en vouloir d’être heureux ? Qui est suffisamment bon pour aimer votre bonheur, au point de ne pas en être jaloux, pour ne pas se sentir dépossédé de quelque chose ? C’est peut-être la raison pour laquelle Jésus déclare : « Votre joie, personne ne vous l’enlèvera »; en ne se réjouissant pas avec l’autre de son bonheur, c’est un peu comme si on le lui volait…", Gabrielle Halpern

"Loin d’être une simple question morale, il s’agit presque d’un enjeu philosophique dans lequel notre humanité est interrogée, et peut-être même redéfinie. En effet, le philosophe allemand Friderich Nietzsche écrivait que : « Imaginer la joie d'autrui et s’en réjouir, c'est là le plus grand privilège des animaux supérieurs ». Savoir se réjouir pour l’autre serait, dans cette conception-là, non seulement une preuve d’humanité, mais aussi une singularité qui nous distinguerait des autres animaux de la nature. A l’heure où l’intelligence artificielle vient empiéter sur tout ce que nous pensions posséder en monopole, en tant qu’êtres humains – la créativité, la mémoire, l’intelligence, etc. -, ce rappel de Nietzsche est salutaire. Autrement dit, nous demeurerons des êtres humains tant que nous saurons encore nous réjouir pour autrui", Gabrielle Halpern





















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