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Chronique Philo pour Radio RCJ: "Une nouvelle année: un monde qui commence!" - Gabrielle Halpern

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gabriellehalpern
il y a 2 jours
2 min de lecture


Cette chronique est présentée par la philosophe Gabrielle Halpern chaque mardi dans le journal de 12h sur la radio RCJ et vous offre un regard philosophique sur l'actualité.


« Bonjour à tous! Depuis des siècles, les philosophes débattent pour savoir ce qui distingue l’être humain des autres animaux. Aristote disait que l’être humain est un "animal politique"... Sauf que l'on sait aujourd'hui que d'autres animaux font également de la politique - les fourmis et les abeilles, pour ne citer qu’elles ! Marcel Mauss disait que l’être humain est un "animal cuisinier"... Sauf que l'on sait aujourd'hui que d'autres animaux font aussi de la cuisine. Alors, qu’avons-nous en monopole ? La distinction la plus juste, - et peut-être la plus belle -, nous vient de saint Augustin. Il a écrit que l'être humain a été créé pour qu'il y ait du commencement... L'être humain est l'animal du commencement ! C’est l’animal qui a la responsabilité d’apporter du commencement dans le monde.

 

Or, lorsque nous regardons le monde autour de nous, nous pourrions avoir de quoi être désespérés. Nous sommes emprisonnés dans de nombreuses injonctions contradictoires et il est tentant de sombrer dans le défaitisme, l’inertie, la paralysie. C’est ainsi que, sans nous en rendre compte, nous tenons à l'égard de la jeunesse le discours de l’Apocalypse : nous affirmons sans cesse la fin du travail avec l'intelligence artificielle, la fin de l'humanité avec le transhumanisme et la fin du monde avec la crise écologique. La fin. Mais lorsque nous parlons aux jeunes générations avec les mots de l'Apocalypse, nous leur volons en quelque sorte leur humanité, comme si nous avions entrepris à leur égard une entreprise de déshumanisation, puisque nous leur donnons l’illusion qu’elles n’ont plus rien à commencer, que plus rien ne peut être commencé et qu’elles arrivent dans un monde achevé, dans un monde où il n’y a plus d’espérance possible, puisque tout est déjà fini !

 

Comment dès lors s’étonner que les jeunes passent autant de temps sur les écrans, dans des univers virtuels et des réalités alternatives, qui sont autant de fuites symptomatiques de leur impossibilité à habiter le monde pour y exercer leur humanité ? Comment leur reprocher d’être de plus en plus connectés au virtuel et de plus en plus déconnectés du réel ? La crise que nous traversons n’est pas économique, géopolitique, financière, sociale, écologique, institutionnelle, territoriale ou politique ; ce que nous vivons, c’est avant tout une crise de notre rapport à la réalité. Tout se passe comme si, faute de pouvoir l’humaniser, nous étions tentés d’y renoncer et, dans le même temps, de renoncer aussi à notre humanité.

 

Or, une nouvelle année, c’est comme un monde qui commence. Qu’allons-nous décider de commencer ? Qu’allons-nous décider d’arrêter ? Que voulons-nous faire naître de nous ? ».


 

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