Chronique Philo pour Radio RCJ: "Les mots et les maux de la République française" - Gabrielle Halpern

Cette chronique est présentée par la philosophe Gabrielle Halpern chaque mardi dans le journal de 12h sur la radio RCJ et vous offre un regard philosophique sur l'actualité.
« Bonjour à tous! Les premières fois sont toujours importantes ; elles constituent les balises d’un chemin. Dans l’imaginaire biblique, lorsqu’il est demandé au premier être humain de s’exprimer, c’est pour nommer les animaux du monde. Donner à chacun un nom, et par là une reconnaissance, une existence, et en échange, assumer une responsabilité. Tout se passe comme s’il avait été confié à l’être humain un rôle de gardien des noms. Alors que la grammaire, la syntaxe, l’orthographe peuvent sembler inutilement ardues, leurs règles viennent nous rappeler notre mandat à l’égard des mots. Comme si par le respect et la rigueur que nous témoignons envers leur forme, leur exactitude, nous participions à la création du monde !
Cette question se pose d’une manière particulière dans la langue française, qui est une langue de la précision, de la nuance, dans laquelle on pourrait presque dire qu’il n’y a pas de synonymes, puisque chaque mot a sa force, son image, son identité, sa couleur, sa singularité, ayant ainsi contribué à faire du français une langue de la diplomatie.
En ce sens, la République française est une sorte de microcosme où nous sommes responsables de nos mots, et à travers eux, de ce qu’ils expriment et de ceux à qui ils sont destinés. C’est ainsi que « les mots font République » pour reprendre les mots de Rachid Santaki qui a eu l’idée extraordinaire d’organiser des dictées géantes au succès bien mérité ; et d’une certaine manière, c’est ainsi qu’ils nous font aussi citoyens.
La philosophe Hannah Arendt rappelle que « ce qui séparait les Grecs des barbares, c’est qu’ils étaient ensemble sur le mode du parler les uns avec les autres » ; la démocratie telle que les Grecs la considéraient lorsqu’ils l’ont créée consistait à « vivre sur le mode du parler avec les autres[1] »… De la même manière qu’un couple se brise lorsque les partenaires n’ont plus rien à se dire; une Nation se casse lorsque les citoyens ne ressentent plus l’envie de s’écouter ni le désir de se comprendre[2]. A nous de refaire des mots une aventure collective et un moyen de recréer des ponts entre les mondes !
Je vous laisse méditer tout cela ! ».
[1] Hannah Arendt, Cahiers 1, Paris, Seuil, 2005, p. 431.
[2] Gabrielle Halpern, Nos paroles empêchées, coécrit avec Anne-Lyse Chabert, Editions de l’Aube, 2026
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Pour écouter la chronique en entier, rendez-vous sur le site de RCJ: https://radiorcj.info/emissions/philosophie-gabrielle-halpern/

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