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Chronique Philo pour Radio RCJ: "Les mots et les maux de la République française" - Gabrielle Halpern

  • Photo du rédacteur: gabriellehalpern
    gabriellehalpern
  • 7 juil.
  • 2 min de lecture


Cette chronique est présentée par la philosophe Gabrielle Halpern chaque mardi dans le journal de 12h sur la radio RCJ et vous offre un regard philosophique sur l'actualité.


« Bonjour à tous! Les premières fois sont toujours importantes ; elles constituent les balises d’un chemin. Dans l’imaginaire biblique, lorsqu’il est demandé au premier être humain de s’exprimer, c’est pour nommer les animaux du monde. Donner à chacun un nom, et par là une reconnaissance, une existence, et en échange, assumer une responsabilité. Tout se passe comme s’il avait été confié à l’être humain un rôle de gardien des noms. Alors que la grammaire, la syntaxe, l’orthographe peuvent sembler inutilement ardues, leurs règles viennent nous rappeler notre mandat à l’égard des mots. Comme si par le respect et la rigueur que nous témoignons envers leur forme, leur exactitude, nous participions à la création du monde !

 

Cette question se pose d’une manière particulière dans la langue française, qui est une langue de la précision, de la nuance, dans laquelle on pourrait presque dire qu’il n’y a pas de synonymes, puisque chaque mot a sa force, son image, son identité, sa couleur, sa singularité, ayant ainsi contribué à faire du français une langue de la diplomatie.

 

En ce sens, la République française est une sorte de microcosme où nous sommes responsables de nos mots, et à travers eux, de ce qu’ils expriment et de ceux à qui ils sont destinés. C’est ainsi que « les mots font République » pour reprendre les mots de Rachid Santaki qui a eu l’idée extraordinaire d’organiser des dictées géantes au succès bien mérité ; et d’une certaine manière, c’est ainsi qu’ils nous font aussi citoyens.

 

La philosophe Hannah Arendt rappelle que « ce qui séparait les Grecs des barbares, c’est qu’ils étaient ensemble sur le mode du parler les uns avec les autres » ; la démocratie telle que les Grecs la considéraient lorsqu’ils l’ont créée consistait à « vivre sur le mode du parler avec les autres[1] »… De la même manière qu’un couple se brise lorsque les partenaires n’ont plus rien à se dire; une Nation se casse lorsque les citoyens ne ressentent plus l’envie de s’écouter ni le désir de se comprendre[2]. A nous de refaire des mots une aventure collective et un moyen de recréer des ponts entre les mondes !


Je vous laisse méditer tout cela ! ».


[1] Hannah Arendt, Cahiers 1, Paris, Seuil, 2005, p. 431.

[2] Gabrielle Halpern, Nos paroles empêchées, coécrit avec Anne-Lyse Chabert, Editions de l’Aube, 2026

 

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