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Chronique Philo pour Radio RCJ: "Bénir les blessures" - Gabrielle Halpern

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gabriellehalpern
il y a 11 minutes
2 min de lecture


Cette chronique est présentée par la philosophe Gabrielle Halpern chaque mardi dans le journal de 12h sur la radio RCJ et vous offre un regard philosophique sur l'actualité.


"Bonjour à tous! Un pays ressemble à un être humain ; lui aussi a son passé, ses plaies, ses cicatrices. Comme pour un être humain se pose la question de ce qu’il en fera et du sens qu’il leur donnera. Pour y réfléchir, faisons un détour par la Bible, à travers le combat de Jacob[1] avec un homme, durant la nuit.

 

Étrange récit. Qui est cet homme avec lequel Jacob combat ? Quel est le sens de cette lutte ? Pourquoi Jacob insiste-t-il pour que cet homme le bénisse ? Et surtout, pourquoi demande-t-il cette bénédiction après avoir été blessé par cet homme ?

 

Esquissons une hypothèse : une blessure qui n’est pas bénie, c’est une blessure qui prend toute la place, qui éclipse nos désirs et notre volonté, qui peut même se mettre à décider pour nous. Ignorée ou maudite, elle agit dans l’ombre, devenant une grille de lecture de notre vie. Or, il est toujours dangereux de faire ses choix en fonction de ses blessures, de penser le monde à partir de ses blessures, de rencontrer les autres à travers ses blessures.

 

Le philosophe Emmanuel Kant avait érigé comme impératif catégorique : « Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux aussi vouloir que cette maxime devienne une loi universelle ». Autrement dit, es-tu certain que ce que tu t’apprêtes à faire mérite de devenir un comportement universel ? Ici se dessine un nouvel impératif catégorique : « Agis uniquement d'après la maxime qui fait que c’est bien toi, et non tes blessures, qui détermines le sens de ta volonté et de ton action ». Autrement dit : ne laisse pas tes blessures décider pour toi. Et la manière inventée par Jacob pour se prémunir de sa blessure, pour s’en protéger, a été la bénédiction. Bénir pour donner à la blessure sa juste place.

 

Le reste de sa vie, Jacob a boîté, mais il n’a jamais cessé d’avancer. Ce qui est vrai pour un être humain l’est aussi pour une société. Alors que nous allons entrer dans une campagne électorale qui s’annonce cruciale, c’est un pays tout entier qui devrait s’interroger…"


[1] « Jacob demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Voyant qu’il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l’emboîture de la hanche (…). Il dit : « laisse-moi aller, car l’aurore se lève ». Et Jacob répondit : « je ne te laisserai point aller que tu ne m’aies béni » (…). Et il le bénit là » - Traduction Louis Segond - Genèse 32 : 24-29.


 

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