Au Global Leadership by Women Summit, la philosophe Gabrielle Halpern prend la parole
- gabriellehalpern
- 9 juil.
- 4 min de lecture

A l'occasion du Global Leadership by Women Summit, la philosophe Gabrielle Halpern a participé à la table-ronde intitulée "Le pouvoir des médias : représentation, crédibilité et influence renforcées", afin de partager sa vision du leadership et du rôle des médias dans la Cité.
Elle est intervenue aux côtés de Mariya Gabriel (Sous‑Directrice Générale pour la communication et l’information, UNESCO), Nora Barsali (Présidente de NEWS RSE - Trophées Défis RSE© et Présidente-Fondatrice de l’Association Rôles Modèles), Cynthia ILLOUZ (Présidente-Fondatrice de THE WOMEN'S VOICES), Claire Léost (Directrice Générale de CMA Média), Awa Sagna (Présidente-Directrice Générale de PEULH FULANI et Présidente-Fondatrice de la Maison de L'Afrique - Berceau de l'Humanité), dans une table-ronde modérée par Sophie Iborra, journaliste et animatrice du podcast #LesHéritières à #LaTribune et #LaTribuneDimanche.
"Les médias et les industries créatives façonnent nos perceptions, influencent les débats publics et contribuent à la vitalité de nos démocraties. À l’heure où les flux d’information se multiplient et où la confiance dans les médias constitue un défi majeur, l’équilibre des voix et des responsabilités éditoriales est plus que jamais déterminant. Aujourd’hui, 75 % des femmes journalistes déclarent avoir subi des violences en ligne. Dans le même temps, les femmes ne représentent que 26 % des personnes vues, entendues ou citées dans les principaux médias. Cette réalité influence la manière dont l’information est produite, transmise et reçue"
"Alors que nous vivons une période marquée par les divisions et les fractures, plus que jamais le rôle du leader est de créer ou de re-créer des ponts entre les mondes, - entre les métiers, entre les cultures, entre les générations, entre les secteurs, entre les territoires, entre les imaginaires. Le leader de demain devra apprendre à être un centaure, - figure mythologique mi-humaine mi-chevaline -, c'est-à-dire à avoir un pied dans plusieurs mondes pour les rapprocher. Cette oeuvre d'hybridation propre au leader de demain requerra de sa part d'avoir l'esprit de transgression et de cultiver à la fois la curiosité, - mère de toutes les valeurs-, et la fiabilité, - mère de toutes les vertus", Gabrielle Halpern
"Le Global Leadership by Women Summit est une extraordinaire opportunité de promouvoir une autre vision du leadership propre à donner une espérance à l'esprit de notre temps, à réconcilier les citoyens et à affronter les crises et les transitions qui nous attendent", Gabrielle Halpern
"Depuis des siècles, les philosophes s’interrogent pour savoir quelle est la singularité des êtres humains par rapport aux autres animaux. Aristote disait que l’être humain est un « animal politique »... Sauf que l'on sait aujourd'hui que d'autres animaux font également de la politique. Marcel Mauss disait qu'il était un « animal cuisinier »... Sauf que l'on sait aujourd'hui que d'autres animaux cuisinent aussi. Alors quelle est la singularité de l’être humain ? Elle réside dans le fait qu’il est peut-être le seul animal à avoir inventé des médias, c’est-à-dire des outils prenant différentes formes, physiques ou virtuelles, pour informer ses congénères, les interpeller, partager avec eux des informations. En tant que philosophe, il me semble important de rappeler la dimension originale de cet outil. On pourrait dire que les médias, en tant que tels, n'ont rien de « naturel » et qu’ils sont même « artificiels », mais cet « artifice », le besoin de cet artifice dit quelque chose de notre humanité. Pourquoi l’être humain a-t-il créé les médias ? En tant qu’espace-temps de partage d’informations, les médias créent des liens entre les membres d’une société. En donnant à voir, à lire ou à entendre ce qu’il se passe, les médias créent en nous un sentiment d’appartenance à une société. Le média, en tant que tel, joue un rôle dans ce que les philosophes appellent « le contrat social ». Tout se passe comme si nous avions eu besoin de créer des médias pour nous rappeler constamment que nous ne sommes pas des êtres humains éparpillés les uns les autres sur la surface de la terre, tels des loups solitaires ; nous sommes tous liés les uns aux autres. Le média joue le rôle de l’intermédiaire, comme le rappelle son étymologie. Lorsqu’il est question de démocratie, c’est toujours le rapport du peuple au pouvoir, et inversement, qui est pensé, mais n’est-il pas temps de penser les rapports des citoyens entre eux? Il est là, le défi démocratique aujourd’hui ! Regardons les haines réciproques, les mépris réciproques, les préjugés réciproques qui se développent… La démocratie, c’est aussi le rapport des citoyens entre eux et, dans ce rapport, les médias ont un rôle à jouer. Par ailleurs, en rapportant jour après jour ce qu’il se passe dans un pays, que ce soit sous une forme écrite, radiophonique ou télévisée, les médias contribuent à construire chez un être humain son rapport à son territoire, à ses compatriotes et au monde dans lequel il vit. Puisque nous ne pouvons pas être partout dans le monde à la fois, les médias nous aident, en tant qu’êtres humains, à nous forger une représentation du monde. Leur responsabilité est donc immense", Gabrielle Halpern
"Même l’indubitable, l’indubitable le plus absolu, le fameux « je pense, donc je suis » du philosophe René Descartes, est en passe d’être bouleversé sous l’effet de l’intelligence artificielle à laquelle nous déléguons de plus en plus notre pensée. Ce qui pose la question suivante : si je pense moins, si je ne pense plus, qui suis-je ? Existons-nous encore ? Et surtout, qui allons-nous devenir?", Gabrielle Halpern
""En quoi croit l’Occident ?"[1], s’interrogeait Karl Popper en 1958, lors d’une conférence prononcée à Zurich. Remarquant que les croyances ont toutes été « durement ébranlées », il répondait finalement en invoquant la tombe du soldat inconnu : ce en quoi croit l’Occident, c’est l’humanité. Mais nous étions alors en 1958. En quoi croyons-nous aujourd’hui, non seulement en Occident, mais partout ailleurs ? Qu’est-ce qui mérite notre foi ?", Gabrielle Halpern
[1] Karl Popper, « En quoi croit l’Occident ? », À la recherche d’un monde meilleur, Essais et conférences, traduit de Jean-Luc Evard, Les Belles Lettres, 2011.



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