Radio RCJ: World AI Cannes Festival : "Philosophie et éthique de l’intelligence artificielle"
- gabriellehalpern
- 10 févr.
- 2 min de lecture

Cette chronique est présentée par Gabrielle Halpern chaque mardi dans le journal de 12h sur la Radio RCJ et vous offre un regard philosophique sur l'actualité.
« Notre société vit actuellement dans une foi immense à l’égard du numérique, comme si ce dernier était de l’ordre de la magie. À toute question, il y a une solution technique, technologique possible. Un problème, une start-up ! Problème d’énergie ? Numérique ! Problème de vieillissement ? Numérique ! Problème de pauvreté ? Numérique ! Problème d’éducation ? Numérique ! Problème politique ? Numérique ! Problème écologique ? Numérique ! Problème administratif ? Numérique ! Problème de ressources humaines ? Numérique ! Comment résister à l’idée selon laquelle une solution existe pour régler tous vos problèmes ? Aucun être humain n’y résisterait !
Mais il ne faudrait pas oublier qu’il y a beaucoup de problèmes que le numérique ne résoudra jamais, ou qu’il résoudra mal, entraînant d’autres problèmes dans son sillage. Il y a tant de manières d’innover qu’il me semble suspect que nous pensions presque toujours à la dimension numérique de l’innovation, alors que d’autres dimensions sont beaucoup plus importantes et à même d’opérer de vraies ruptures. Si l’on prend la question du vieillissement et de l’isolement, certes, nos outils nous permettent des visioconférences, des partages de photo, des « live » d’événement, des appels téléphoniques robotisés… Mais cela rompt-il vraiment in fine la solitude ? Les vraies réponses ne sont-elles pas ailleurs ?
Tout se passe comme s’il y avait en nous un désir puéril de magie, de sauveur, d’être surnaturel, de bon génie qui viendrait nous apporter la solution et nous arracherait à notre situation dramatique. Si nos ancêtres les Grecs dans l’Antiquité avaient incarné ce désir dans la figure du « deus ex machina », rappelons néanmoins que ce personnage était un personnage… de théâtre ! Les prouesses technologiques ne peuvent pas relever d’un « deus ex machina » qui viendrait nous sauver. L’être humain ne peut pas sans cesse tout attendre des technologies, leur déléguant dans le même temps sa responsabilité. Pourquoi passer des heures à fabriquer des outils pour rompre l’isolement des personnes âgées ? Allons plutôt dans les Ehpad, allons voir nos parents, nos grands-parents, nos arrière-grands-parents !
« Par lassitude devant l’effroyable multiplicité des problèmes, la complexité et les difficultés de la vie, la grande masse des hommes aspirent à une mécanisation du monde, à un ordre définitif, valable une fois pour toutes, qui leur éviterait tout travail de pensée[1] », écrivait Stefan Zweig. Il n’y a pas de sauveur, il n’y a pas de deus ex machina, il y a lui, et elle, et celui-ci et celui-là et celle-ci et celle-là, qui sortent de leur paralysie et qui agissent ! »
[1] Stefan Zweig, Conscience contre violence, traduction d’Alzir Hella, Paris, Le Livre de poche, 1996 (rédigé en avril 1936).
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Pour écouter la chronique en entier, rendez-vous sur le site de RCJ: https://radiorcj.info/emissions/philosophie-gabrielle-halpern/

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