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Radio RCJ: Irréversibilité et imprévisibilité

Dernière mise à jour : 25 sept.


Cette chronique est présentée par Gabrielle Halpern chaque mardi dans le journal de 12h sur la Radio RCJ et vous offre un regard philosophique sur l'actualité.


Irréversibilité et imprévisibilité sont les deux angoisses de l’être humain, selon la philosophe Hannah Arendt[1]. Dans ces deux angoisses réside toute la fragilité de nos vies. D’un côté, ce qui a été fait ne peut être défait. De l’autre, ce qui suit ne peut être prédit. Mais il existe fort heureusement une solution pour y résister. Face à l’irréversibilité, explique Hannah Arendt, la seule réponse est le pouvoir de pardonner, puisque le pardon délie ce qui est lié ; face à l’imprévisibilité, la seule réponse est le pouvoir de promettre, puisque la promesse enchaîne ce qui est incertain. C’est la capacité que nous avons de faire des promesses et de les tenir qui rend l’avenir possible.


La philosophe écrit que « si nous n’étions pardonnés, délivrés des conséquences de ce que nous avons fait, notre capacité d’agir serait comme enfermée dans un acte unique dont nous ne pourrions jamais nous relever ». De l’autre côté, si nous n’avions pas la possibilité de promettre, « nous serions condamnés à errer sans force et sans but, chacun dans les ténèbres de son cœur solitaire », pour reprendre les mots d’Hannah Arendt. Pardon et promesse…


Il est très intéressant de mettre en rapport avec notre vie d’aujourd’hui cette réflexion de la philosophe. Nous avons beau développer les technologies les plus sophistiquées, les connaissances scientifiques les plus élaborées, nous sommes toujours confrontés à ces deux angoisses : celle de l’irréversibilité et celle de l’imprévisibilité.


Dans une époque où le repli sur soi et l’individualisme sont croissants, les mots d’Hannah Arendt nous rappellent que l’on ne peut lutter tout seul contre ces deux angoisses et que c’est la relation avec les autres qui peut les apaiser. Le pardon relève en effet de la relation à deux ; la promesse également. Il ne peut y avoir de « collectif » s’il n’y a ni pardon ni promesse. Cela est vrai à l’échelle d’une famille, d’une entreprise, d’une société… et d’un pays?


[1] Arendt Hannah, Condition de l’homme moderne, Calmann-Lévy, Pocket, Agora, traduction de Georges Fradier, 1961.



Pour écouter la chronique en entier, rendez-vous sur le site de RCJ: https://radiorcj.info/emissions/philosophie-gabrielle-halpern/