"Qu'est-ce que le handicap vient interroger de si sensible dans notre société?" - La philosophe Gabrielle Halpern invitée par l'Association Ar'Roch à Betton pour une conférence
- gabriellehalpern
- 24 déc. 2025
- 4 min de lecture

A l'occasion de ses portes ouvertes organisées à Betton, l'association Ar'Roch a convié la philosophe Gabrielle Halpern, afin qu'elle partage avec les participants sa philosophie de l'hybridation et ses implications pour repenser la question du handicap, l'éducation et la transmission, la question de l'auto-détermination, la place des parents, les métiers des professionnels et le positionnement des institutions.
"L’association Ar Roc’h créée en 1959, gère plusieurs établissements et services médico-sociaux qui accueillent et accompagnent les jeunes en situation de handicap ainsi que des jeunes confiés à l’aide sociale à l’Enfance. Elle dispose également d’une plateforme d’appui constituée de services qui viennent en soutien de l’environnement des jeunes en situation de vulnérabilité (familles et professionnels). Implantée en Ille-et-Vilaine, l’association répond ainsi à travers ses dispositifs aux besoins quotidiens de plus de 400 enfants, adolescents et leurs familles. Ar Roc’h intervient sur les différents territoires et bassins de vie des personnes concernées sur le département" (site internet de l'associatio Ar'Roch).
"Le terme « inclusion » est utilisé de plus en plus couramment, mais qui sait que ce nom commun est dérivé du latin inclusio, qui signifiait « emprisonnement » ? Cela renvoyait à la réclusion de l’ermite ou du moine… Or, aujourd’hui, lorsque l’on parle d’inclusion, on l’entend au sens d’intégration. Mais qu’est-ce que cela signifie au juste? Faire un peu de place pour ceux qui sont à l’extérieur? Nous n’en avons pas conscience, mais cette image est terrible ! Quand un enfant naît dans une famille, est-ce vraiment d’inclusion, d’insertion ou d’intégration dont on parle? Non! Et pour cause : quand un enfant naît, il métamorphose tout : les rapports de force, les identités de chacun, les interactions entre les parties prenantes, les relations extérieures, les regards que l’on se porte et que l’on ne se porte pas ou encore la manière dont on se situe les uns par rapport aux autres. Il n’y a pas intégration, insertion ou inclusion… Il y a hybridation! C’est-à-dire qu’il y a une rencontre, qui conduit chacun à sortir de soi-même. Si nous prenons l’image du Centaure, - figure de l’hybridation par excellence -, c’est précisément ce qui s’est joué : l’humain et le cheval ont dû faire un pas de côté pour créer cette tierce-figure fédératrice qu’est le centaure. Oui, il n’y a rencontre que lorsqu’il y a métamorphose de toutes les parties. S’agissant des personnes en situation de handicap, qu’il soit physique ou mental, il serait terrible de se contenter de les inclure, comme s’ils devaient se contenter de la place qu’on voudra bien leur laisser, - en prenant à leur compte tout l’effort de l’adaptation -, pourvu que cela ne change rien à nos pratiques. Il nous faut comprendre que le vrai défi est notre capacité à accepter de faire un pas de côté et de sortir de nos bonnes vieilles cases", Gabrielle Halpern
« La capacité d’une entreprise, d’une association, d’une administration publique, d’une école, d’une maison de retraite, d’un restaurant, d’un théâtre, d’un hôpital ou encore d’une collectivité territoriale à se concevoir comme un écosystème responsable de la création et de la culture d’un véritable maillage territorial, culturel, social, professionnel, éducatif, sectoriel, intergénérationnel va devenir cruciale dans les années qui viennent. Tant que chaque acteur restera enfermé dans sa case, il n’y aura pas de réparation du monde. Tant que chaque acteur de la Cité n’assumera pas sa responsabilité partenariale, il n’y aura pas de contrat social. Demain, on évaluera une entreprise, une association, une école, un hôtel, une usine ou encore un restaurant par rapport à sa capacité à jouer un rôle de point de repère pour son territoire, à créer des ponts entre les mondes, à cultiver des maillages et des écosystèmes ; autrement dit, par rapport à sa capacité à « hybrider » et à « s’hybrider » », Gabrielle Halpern
« Pourquoi sommes-nous si mal à l’aise face à la vulnérabilité ? Qu’est-ce que la vulnérabilité de l’autre vient interroger en moi de si sensible ? Et si la vulnérabilité de l’autre m’effrayait précisément, parce qu’elle vient éclairer et mettre à nu mes propres vulnérabilités ? Quelle hospitalité puis-je offrir aux vulnérabilités de l’autre et à mes propres vulnérabilités? Dans quelle mesure ma considération et ma prise en compte de la vulnérabilité de l’autre nous rend-elle mutuellement plus forts ? Comment penser et construire concrètement nos métamorphoses réciproques ? », Gabrielle Halpern
"Sans en être pleinement conscients, nous tenons à l'égard de la jeunesse le discours de l'Apocalypse: nous parlons sans cesse de la fin du travail avec l'intelligence artificielle, de la fin de l'humanité avec le transhumanisme et de la fin du monde avec la crise écologique. Or, il ne faudrait pas oublier ce vieux débat entre les philosophes depuis des siècles consistant à savoir quelle est la différence entre l'être humain et les autres animaux. Aristote disait que l'être humain est un "animal politique"... Sauf que l'on sait aujourd'hui que d'autres animaux sont également politiques ! Marcel Mauss disait que l'être humain un "animal cuisinier"... Sauf que l'on sait aujourd'hui que d'autres animaux cuisinent aussi ! Et puis, il y a saint Augustin qui a écrit que l'être humain a été créé pour qu'il y ait du commencement... L'être humain est l'animal du commencement ! C'est notre capacité à agir, à créer, à introduire de la nouveauté, à prendre des initiatives, à commencer quelque chose qui fait de nous des animaux un peu différents des autres... Or, lorsque nous parlons à la jeunesse avec le discours de l'Apocalypse, c'est comme si nous lui volions son humanité, comme si nous avions entrepris à son égard une entreprise de déshumanisation. Notre rôle, en tant qu'adultes, en tant que parents, est de l'aider à trouver des commencements possibles!", Gabrielle Halpern
"La figure du centaure, hybride par excellence, c'est aussi la figure du jeune, mi-enfant, mi-adulte, qui a un pied dans plusieurs mondes tout en s'en sentant étranger. Il n'est pas facile d'être un centaure, de n'entrer dans aucune case, mais cette figure mythologique a beaucoup à nous apprendre", Gabrielle Halpern
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