"Les territoires ruraux sont particulièrement propices à l'hybridation" - Interview de la philosophe Gabrielle Halpern dans la revue Ruralité (s) de Ouest France
- gabriellehalpern
- 31 déc. 2025
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La philosophe Gabrielle Halpern a accordé une interview à la nouvelle revue Ruralité (s) de Ouest France, afin de partager avec ses lecteurs sa philosophie de l'hybridation et son regard sur les ruralités.
"L’hybridation, c’est l’idée de faire des mariages improbables, c’est-à-dire de mettre ensemble des arts, des secteurs, des activités, des métiers, des générations, qui, a priori n’ont pas grand-chose à voir ensemble, voire qui peuvent sembler contradictoires, et qui, ensemble, vont donner lieu à quelque chose de nouveau : un tiers-lieu, un tiers-métier, un tiers-modèle… L’hybridation crée de nouveaux mondes, en somme[1]. Concrètement, on voit des écoles rurales transformer leur cantine en restaurant pour tout le village et ouvrir leurs portes aux personnes âgées pour leur apprendre à se servir d’un ordinateur. On voit se développer des « tiers-lieux », c’est-à-dire des endroits insolites qui mêlent des activités économiques, avec de la recherche scientifique, de l’innovation sociale ou encore des infrastructures culturelles. Demain, tous les lieux seront des tiers-lieux et mêleront des activités, des publics, des usages différents : cela va toucher les écoles, les musées, les restaurants, les hôtels, les offices de tourisme, les mairies ou encore les galeries marchandes. On voit déjà des expositions de peinture dans les centres commerciaux, des résidences d’artiste dans des hôtels ou encore des crèches dans des maisons de retraite ! Nous passons nos journées à tout découper en morceaux et à tout ranger dans des cases : nos territoires avec le cœur de ville, la banlieue et la ruralité, les métiers avec les métiers manuels et les métiers intellectuels, les générations avec les jeunes et ceux que l’on appelle hypocritement les seniors, les situations auxquelles nous sommes confrontées et les personnes que nous rencontrons. Notre cerveau s’est transformé en usine de production massive de cases, et, en agissant ainsi, non seulement nous passons complètement à côté de la réalité, mais nous la maltraitons en la mutilant[2]. Cela fait des siècles que nous voyons le monde d'une manière morcelée, cela a influé sur notre organisation du travail, nos industries, le développement de nos sciences, nos formations, nos politiques publiques, l’organisation de nos filières ou encore nos territoires. Et si l’on apprenait à penser autrement ? Il est temps de créer des ponts entre les mondes, entre les générations, les métiers, les territoires, les sciences ou les arts. C’est cela, l’hybridation ! Cela fait plus de quinze ans que je forge jour après jour cette notion de l’hybridation, qui n’est pas un simple concept philosophique, mais un vrai projet de société. Je passe mon temps à voyager dans tout le pays, à la rencontre de nombreux Français qui mettent en œuvre mille idées d’hybridation et il y en a beaucoup au sein des territoires ruraux : cette école qui, plutôt que de faire faire des dictées absurdes aux enfants pour leur apprendre la grammaire et l’orthographe, les invite à écrire des lettres pour des personnes âgées dans l’Ehpad à côté, ou encore cet élu rural qui a acheté une flotte de voitures électriques qui sont partagées par les habitants, ou encore cette médiathèque qui a inventé une monnaie nouvelle pour provoquer des dons et contre-dons de savoir-faire entre usagers. Cette philosophie de l’hybridation encourage les partenariats, les mutualisations, les coopérations, le pluri-usage des lieux où l’on peut à la fois voir une exposition de peinture, se former à l’informatique et au maraîchage, faire du sport et être aidé dans ses devoirs scolaires… Autant de réponses à beaucoup de défis ruraux", Gabrielle Halpern
[1] Gabrielle Halpern, « Tous centaures ! Eloge de l’hybridation », Le Pommier, 2020.
[2] Gabrielle Halpern, « Tous centaures ! Eloge de l’hybridation », Le Pommier, 2020.", Gabrielle Halpern
"Les territoires ruraux me semblent particulièrement propices à l'hybridation. En effet, la philosophie de l’hybridation que je construis jour après jour invite à des mariages improbables ; or, tout cela repose sur le fait de se connaître… La ville, c’est l’anonymat : jamais il ne viendrait à l’idée - ou alors, c’est encore trop rare ! - d’une école d’un arrondissement parisien de tendre la main à l’Ehpad situé en face, ni d’une entreprise lyonnaise de mettre à disposition ses locaux le weekend pour des expositions d’artistes, parce que l’on ne se connaît pas en ville, on est si nombreux ! Comment faire confiance à l’autre quand on ne le connaît pas et que l’on ignore même jusqu’à son existence ? De ce point de vue, la ruralité possède des forces incroyables : ces territoires sont des écosystèmes où l’on se connaît, - cela n’empêche évidemment pas les logiques claniques, parfois -, mais cette connaissance réciproque devrait être un atout indéniable pour l’entrepreneuriat, l’innovation, les partenariats", Gabrielle Halpern

Pour lire l'interview en entier: https://journal-twipe.ouest-france.fr/data/319359/reader/reader.html?hidetopbar=true#!preferred/0/package/319359/pub/505432/page/60
Pour découvrir le travail de recherche de Gabrielle Halpern dédié à ces questions et publié par la Fondation Jean Jaurès : https://www.jean-jaures.org/publication/et-si-le-rural-inspirait-lurbain-pour-une-nouvelle-approche-du-developpement-territorial/
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