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La Revue des Deux Mondes - "Des raisons d'espérer" - Texte de la philosophe Gabrielle Halpern

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    gabriellehalpern
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

La philosophe Gabrielle Halpern a contribué à la Revue des Deux Mondes, afin de partager avec ses lecteurs sa philosophie de l'hybridation et ses implications pour repenser la société, l'économie, notre rapport aux nouvelles technologies ou encore à nos territoires.


"Depuis des siècles, les philosophes débattent pour savoir ce qui distingue l’être humain des autres animaux. Aristote disait que l’être humain est un « animal politique »... Sauf que l'on sait aujourd'hui que d'autres animaux font également de la politique - les fourmis et les abeilles, pour ne citer qu’elles ! Marcel Mauss disait que l’être humain est un « animal cuisinier »... Sauf que l'on sait aujourd'hui que d'autres animaux font aussi de la cuisine. Alors, qu’avons-nous en monopole ? La distinction la plus juste, - et peut-être la plus belle -, nous vient de saint Augustin. Il a écrit que l'être humain a été créé pour qu'il y ait du commencement... L'être humain est l'animal du commencement ! C’est l’animal qui a la responsabilité d’apporter du commencement dans le monde. C'est notre capacité à agir, à créer, à prendre des initiatives, à entreprendre, qui fait de nous des animaux un peu différents des autres... Or, lorsque nous regardons le monde autour de nous, nous pourrions avoir de quoi être désespérés. Nous sommes emprisonnés dans de nombreuses injonctions contradictoires et il est tentant de sombrer dans le défaitisme, l’inertie, la paralysie. C’est ainsi que, sans nous en rendre compte, nous tenons à l'égard de la jeunesse le discours de l’Apocalypse : nous affirmons sans cesse la fin du travail avec l'intelligence artificielle, la fin de l'humanité avec le transhumanisme et la fin du monde avec la crise écologique. La fin. C’est ainsi que lorsque nous parlons aux jeunes générations avec les mots de l'Apocalypse, nous leur volons en quelque sorte leur humanité, comme si nous avions entrepris à leur égard une entreprise de déshumanisation, puisque nous leur donnons l’illusion qu’elles n’ont plus rien à commencer, que plus rien ne peut être commencé et qu’elles arrivent dans un monde achevé, dans un monde où il n’y a plus d’espérance possible, puisque tout est déjà fini ! Comment dès lors s’étonner que les jeunes passent autant de temps sur les écrans, dans des univers virtuels et des réalités alternatives, qui sont autant de fuites symptomatiques de leur impossibilité à habiter le monde pour y exercer leur humanité ? Comment leur reprocher d’être de plus en plus connectés au virtuel et de plus en plus déconnectés du réel ? La crise que nous traversons n’est pas économique, géopolitique, financière, sociale, écologique, institutionnelle, territoriale ou politique ; ce que nous vivons, c’est avant tout une crise grandissante de notre rapport à la réalité. Tout se passe comme si, faute de pouvoir l’humaniser, nous étions tentés d’y renoncer et, dans le même temps, de renoncer aussi à notre humanité", Gabrielle Halpern
"Notre société souffre des silos qui nous divisent, des étiquettes que nous passons nos vies à coller sur les uns et les autres, des cases où nous enfermons les autres et où nous nous enfermons. Nous avons passé des siècles à voir le monde d'une manière morcelée, cela a influé sur nos métiers, notre organisation du travail, nos industries, sur le développement de nos sciences, de nos formations, de nos politiques publiques, sur l’organisation de nos filières ou encore sur nos territoires. N'est-il pas temps de créer des ponts entre les mondes? Et si l’hybridation était la grande tendance du monde qui vient?", Gabrielle Halpern
"L’hybridation, c’est le mariage improbable! C’est le fait de mettre ensemble des choses, des secteurs, des activités, des métiers, des destinations, des personnes, des usages, des compétences, des matériaux, des territoires, des imaginaires, des générations, qui, a priori n’avaient pas grand-chose à voir ou à faire ensemble, voire qui pouvaient sembler contradictoires, et qui, ensemble, vont donner lieu à de nouveaux usages, de nouveaux lieux, de nouveaux métiers, de nouveaux modèles, de nouveaux territoires… De nouveaux mondes, en somme! C'est ainsi que l'on voit apparaître des crèches dans des maisons de retraite, des résidences d'artiste dans des incubateurs de startups, des cours d'informatique pour personnes âgées dans des collèges et des lycées, des théâtres dans des hôpitaux ou encore des expositions culturelles dans des exploitations agricoles! « Le jeu de l’art consiste à confondre les échafaudages, les nominations, les cellules, les superstructures », nous disait Friedrich Nietzsche… ! Créons des ponts entre les mondes!", Gabrielle Halpern


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