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Tribune de Gabrielle Halpern dans La Tribune Dimanche: « Pour les femmes, pas de liberté sans sécurité » !


La philosophe Gabrielle Halpern a pris la parole dans le journal La Tribune Dimanche pour interpeller le Président de la République, Emmanuel Macron, au sujet de l'insécurité quotidienne que vivent les femmes.


(Extrait) « D’ordinaire, il convient d’attendre un événement particulier pour aborder un sujet et prendre la parole dans l’espace public. Il faut « être dans l’actualité », nous dit-on. Alors, j’aurais pu attendre le 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes, pour publier cette tribune. Mais j’en ai assez d’attendre les 8 mars pour que la question de la femme soit dans l’actualité, alors qu’elle est, pour nous, les femmes, notre actualité quotidienne, si j’osais rappeler cette évidence.


Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de fois où j’ai entendu la phrase célèbre prêtée à Benjamin Franklin : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux ». Si cette phrase est belle et donne à penser, elle n’est pas toujours vraie et s’effrite à l’épreuve de la réalité.


En effet, nous sommes arrivés à un moment où, au nom de la liberté, nous avons cessé de donner de la valeur à la sécurité et, faute d’avoir su apporter à la sécurité la considération qu’elle méritait, nous avons perdu et la sécurité et la liberté. L’épreuve de la réalité ? Je la vis, chaque jour, en tant que femme et je ne la supporte plus. Je ne supporte plus de devoir calculer et modifier mes itinéraires, changer de trottoir, renoncer à un déplacement, à une soirée, parce que le fait d’être une femme vient peser dans la balance de mes choix. Je ne supporte plus d’avoir la peur au ventre, lorsque je sors de chez moi à 5h30 du matin pour aller travailler ou que j’attends mon métro sur le quai, parce que le fait d’être une femme me transforme en proie potentielle. Je ne veux plus voir chaque jour ma liberté rétrécie, empiétée, mutilée ; je ne veux plus que l’on me rappelle à chaque instant que je suis une femme. Je ne veux plus que l’insécurité de notre société nous empêche, en tant que femmes, de vivre librement, sans se préoccuper de notre sexe.


L’ordre social, comme l’écrivait Jean-Jacques Rousseau, « est un droit sacré, qui sert de base à tous les autres ». Par le contrat social, l’homme renonce « à sa liberté naturelle et à un droit illimité à tout ce qui le tente et qu’il peut atteindre » ; en échange, « ce qu’il gagne, c’est la liberté civile ». Lorsque les femmes vivent non pas un sentiment d’insécurité, mais une réelle insécurité, c’est tout le contrat social qui est remis en question.


Pour nous, les femmes, il n’y aura pas de réelle liberté, tant que nous ne serons pas pleinement en sécurité » (Gabrielle Halpern).

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