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  • Photo du rédacteurgabriellehalpern

T la Revue: "Repenser la santé en l’hybridant !"



Couverture de T La Revue, n°14, le bimestriel de La Tribune


La philosophe Gabrielle Halpern tient désormais la chronique "Eloge de l'hybridation" dans T La Revue.


Extrait: "Le 1er septembre 1934 était inauguré le théâtre du Centre hospitalier de Bligny, qui a été l’aboutissement d’un processus long au cours duquel la « méthode Bligny » a été imaginée. Il s’agissait pour les médecins d’intégrer au parcours thérapeutique de l’époque une série d’activités culturelles et artistiques obligatoires, afin « d’entretenir un esprit optimiste et joyeux », et toutes sortes d’activités ludiques, à travers des concours et des compétitions, sanctionnées par des médailles et des coupes... Hybrider les hôpitaux et les théâtres, le médico-social et le ludique, le thérapeutique et le culturel semble fou, et pourtant, il se pourrait bien que ces hybridations du monde de la santé puissent ouvrir des voies inédites pour le plus grand bénéfice des soignants et des patients !


En effet, comme de nombreux autres secteurs, celui de la santé n’a malheureusement pas échappé à notre rationalité qui transforme notre cerveau en usine de production massive de cases, dans lesquelles nous rangeons tout ce et tous ceux que nous rencontrons. Nous sommes passés maîtres à coller des étiquettes sur tout et tout le monde : patients, soignants, secteur public, secteur privé, médecine de ville, spécialités d’appareil ou d’organe, etc. Les patients eux-mêmes sont catégorisés dans des services, qu’ils soient pédiatriques ou gériatriques. Cette manière de considérer la santé en silos crée des frontières absurdes entre les générations, les maladies, les organes, les spécialités, les métiers, les patients, les soignants et les lieux. L’absence d’hybridation au sein du système de santé l’empêche d’être aussi réactif qu’il devrait l’être et renforce le mal-être de toutes ses parties prenantes. La division du travail, – dogme sur lequel repose le monde du travail depuis des décennies –, a montré ses limites et ses dangers, en provoquant un appauvrissement et une absurdité des métiers. La raison de cette sectorisation, de cette sur-spécialisation, serait le gain de « productivité », mais ce que l’on gagne en productivité, on le perd en manque de coordination et en difficile partage d’informations ; on le perd surtout en sens et en humanité.


Il va falloir apprendre à ouvrir les services de soin et décloisonner les blocs opératoires, à repenser la formation des soignants pour qu’ils comprennent mieux les réalités et les contraintes de leurs collègues, à mieux valoriser encore les patients experts de leurs maladies. Il s’opérerait alors une transposition de compétences, d’un métier à un autre, d’un secteur à un autre, d’une activité à une autre, d’une génération à une autre, permettant de créer de nouveaux liens entre tous les acteurs.


Et si l’on transformait les hôpitaux en théâtres ? Et si les salles d’attente étaient des salles de cinéma ? Et si les chambres de soins étaient des musées ? Et si les Ehpad étaient des écoles de musique ? « Comme pour les activités sportives, on pourrait imaginer des « spectacles sur ordonnance » », écrit le co-directeur de l’actuel théâtre de Bligny…"

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