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T La Revue : « Et s’il existait une éthique de l’énergie ? »


Couverture de T La Revue, n°13, le bimestriel de La Tribune


La philosophe Gabrielle Halpern tient désormais la chronique "Eloge de l'hybridation" dans T La Revue.


"Le mot « énergie » est devenu omniprésent ! Avec sa cascade de déclinaisons et de qualificatifs : énergétique, énergivore, renouvelable, nucléaire, propre, durable, verte, solaire, éolienne… Ce terme serait apparu vers 1500 et signifiait à ce moment-là « puissance d’action, efficacité, pouvoir ». Puis, en 1790, « énergie » a signifié au sens figuré « force, ferme dans l’action, détermination ».


Il y a une forme d’ironie à se trouver aujourd’hui en manque d’énergie, comme si cela était le reflet de notre manque de force, de notre manque de fermeté dans l’action, de notre manque de détermination. Tout se passe comme si le manque de gaz et d’électricité était un miroir de notre sentiment d’impuissance face à la situation actuelle.


Il est cependant frappant de constater qu’à notre sentiment d’impuissance correspond un désir puéril de magie, de sauveur, de bon génie qui viendrait nous apporter LA solution. Si nos ancêtres les Grecs, dans l’Antiquité, avaient incarné ce désir dans la figure du « deus ex-machina », rappelons qu’il s’agissait d’un personnage de théâtre ! Dans ce contexte de pénurie d’énergie, certains attendent tout de l’État, d’autres, tout de l’Europe ; certains attendent tout de leurs voisins qui devraient faire plus d’efforts pour éteindre leurs lumières, d’autres attendent tout des entreprises… Mais ces « sauveurs » dont on attend tout et même l’impossible, ont tôt fait de se transformer en boucs émissaires ; responsables de tout, parce que « sauveurs » !


Et si notre sentiment d’impuissance, et si notre manque d’énergie, venait tout simplement de notre incapacité à assumer individuellement nos responsabilités ? Il n’y a pas de sauveur, il n’y a pas de deus ex-machina, il y a lui, et elle, et celui-ci et celui-là qui sortent de leur paralysie et qui agissent. L’éthique de l’énergie consiste à ne pas attendre des autres qu’ils nous mettent en branle, mais à assumer la responsabilité de l’action. Si chacun d’entre nous ne devient pas un sauveur, alors chacun sera le bouc émissaire de l’autre.


Mais comment changer ? L’évolution nous a permis d’acquérir des mécanismes sophistiqués permettant la formation d'habitudes[1], nés du fait de l'imprévisibilité des changements environnementaux[2], et en particulier des changements climatiques. Les instincts n’étant pas assez flexibles pour permettre à l’être humain[3] de s’adapter aux contraintes de son environnement, il a fallu le développement d’une capacité qui prenne la forme des instincts, tout en y ajoutant une certaine souplesse. Le monde n’a pas vraiment changé : aujourd’hui, face aux changements climatiques et à la crise énergétique, ce ne sont pas nos instincts qui nous sauveront, mais nos habitudes… A condition de les faire évoluer !"


[1] VEBLEN T., The instinct of workmanship and the state of the industrial arts, Macmillan, New York, 1914, p. 6-7. [2] CALVIN W. H., A brain for all seasons : Human evolution and abrupt climate change, Chicago: University of Chicago Press, 2002. [3] POTTS R., Humanity’s descent : The consequences of ecological instability, NewYork, William Morrow, 1996.


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