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Radio RCJ: Repenser la place de l’Université dans la Cité


Cette chronique est présentée par Gabrielle Halpern chaque mardi dans le journal de 12h sur la radio RCJ et vous offre un regard philosophique sur l'actualité.


Le musée des beaux-arts de Nancy recèle une magnifique tapisserie de Jean Lurçat, datant de 1958, et s’intitulant « La Lutte du Savoir contre l'Ignorance ». Ce chef d’œuvre met en scène deux personnages en combat et la pancarte muséographique explique qu’ils rappellent la mission fondamentale de l’Université : lutter contre toutes les formes d’ignorance et offrir à tous les savoirs et la sagesse. Ce rappel salutaire fait beaucoup méditer et semble nous inviter à une réflexion sur la place de l’Université dans la Cité et ce qu’elle pourrait être demain.


Aujourd’hui, plus que jamais, si l’Université veut mener à bien sa mission, il va lui falloir développer une véritable « responsabilité territoriale ». On peut définir la « responsabilité territoriale » comme « le fait qu’aucun acteur au sein d’un territoire ne se sente ni ne se comporte comme un îlot isolé au milieu de l’océan et travaille à la constitution progressive et sempiternelle d’un ensemble de « mariages improbables » avec les autres acteurs du territoire, de telle sorte que chaque partie prenante de ce territoire se pense et se comporte comme un écosystème à même de cultiver un maillage territorial, social, générationnel, sectoriel, éducatif et professionnel. La responsabilité territoriale s’exprime par l’hybridation[1] territoriale »[2].


Concernant l’Université, une « responsabilité territoriale » ne peut pleinement être exercée qu’au travers de la culture d’écosystèmes locaux riches et denses avec les entreprises, les associations, les institutions culturelles, le grand public, etc. constitutifs de nouveaux points de repères. De la même manière que pour tous les autres acteurs d’un territoire, une université sera de plus en plus évaluée selon sa capacité d’hybridation, sa capacité à réaliser et à cultiver des « mariages improbables »[3] et sa capacité à créer des ponts entre les mondes ; or, pour ce faire, une université doit s’étendre le plus profondément possible, s’instiller partout et le plus diversement possible. C’est sa capacité à devenir elle-même un véritable écosystème qui fera sa force.


Sans compter qu’à l’aune des grandes transitions, - écologique, énergétique, démographique -, une université contribuera d’autant plus à faire avancer la recherche, la science, qu’elle est implantée dans des territoires divers (démultiplication des terrains de recherche possible, démultiplication des ressources, démultiplication des partenaires et des financeurs, démultiplication des possibilités de transferts industriels, etc.) ; cela participe des conditions de possibilité de la recherche, du progrès scientifique, de l’innovation.


C’est en ce sens que les universités deviendront de véritables points de repère[4]au sein des territoires.


[1] Gabrielle Halpern, « Tous centaures ! Eloge de l’hybridation », Le Pommier, 2020. [2] Gabrielle Halpern, « Penser l’hospitalité », Editions de l’Aube, 2022. [3] Gabrielle Halpern, Penser l’hybride, Thèse de doctorat en philosophie, 2019. [4] Gabrielle Halpern, « Penser l’hospitalité », Editions de l’Aube, 2022.


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