Rechercher
  • gabriellehalpern

Radio RCJ: Passons de l'inclusion à l'hybridation!

Dernière mise à jour : 17 nov.


Cette chronique est présentée par Gabrielle Halpern chaque mardi dans le journal de 12h sur la Radio RCJ et vous offre un regard philosophique sur l'actualité.


Le terme « inclusion » est devenu omniprésent, mais qui sait que ce nom commun est dérivé du latin inclusio, qui signifiait « emprisonnement »[1] ? Cela renvoyait à la réclusion de l’ermite ou du moine… Or, aujourd’hui, lorsque l’on parle d’inclusion, on l’entend au sens d’intégration.


Mais quand un enfant naît dans une famille, est-ce vraiment d’inclusion, d’insertion ou d’intégration dont on parle? Non! Et pour cause : quand un enfant naît, il métamorphose tout : les rapports de force, les identités de chacun ou encore les interactions entre les parties prenantes. Il n’y a pas intégration, insertion ou inclusion… Il y a hybridation[2] ! C’est-à-dire qu’il y a une rencontre, qui conduit chacun à sortir de lui-même. Si nous prenons l’image du Centaure, - figure de l’hybridation par excellence -, c’est précisément ce qui s’est joué : l’humain et le cheval ont dû faire un pas de côté pour créer cette tierce-figure fédératrice qu’est le centaure. Oui, il n’y a rencontre que lorsqu’il y a métamorphose de toutes les parties.


S’agissant des personnes en situation de handicap, qu’il soit physique ou mental, il serait terrible de se contenter de les inclure, comme s’ils devaient se contenter de la place qu’on voudra bien leur laisser, - en prenant à leur compte tout l’effort de l’adaptation -, pourvu que cela ne change rien à nos pratiques[3]. Il nous faut comprendre que le vrai défi est notre capacité à accepter de faire un pas de côté et de sortir de nos bonnes vieilles cases. Au nom de la sacro-sainte « culture d’entreprise », nous créons des clones, parce que nous ne supportons pas l’angoisse engendrée par ce qui est différent de nous. Le handicap de l’autre, parce qu’il sort de la norme, parce qu’il « transgresse » l’absurde case que nous nous sommes forgés, réveille cette angoisse de l’inconnu. Cessons d’avoir peur et hybridons-nous ; et ce faisant, métamorphosons nos pratiques managériales, nos organisations, nos métiers, nos recrutements, nos relations professionnelles et nos innovations[4] !


Au lieu de parler d’une société inclusive, nous devrions plutôt parler d’une société hybride, puisqu’il s’agit non pas seulement d’inclure tous ceux qui sont différents, physiquement et mentalement, mais de créer les conditions d’une rencontre permettant une métamorphose réciproque. Ce ne sont pas les nouvelles technologies qui augmenteront l’être humain, ce sera sa capacité à accepter de s’hybrider au contact de l’autre.

[1] https://www.cnrtl.fr/etymologie/inclusion [2] Gabrielle Halpern, « Tous centaures ! Eloge de l’hybridation », Le Pommier, 2020 [3] Gabrielle Halpern, « Penser l’hospitalité – L’artisan hôtelier et la Philosophe », coécrit avec Cyril Aouizerate, Editions de l’Aube, 2022. [4] Gabrielle Halpern, « Philosopher et cuisiner : un mélange exquis – Le Chef et la Philosophe », coécrit avec Guillaume Gomez, Editions de l’Aube, 2022.



Pour écouter la chronique en entier, rendez-vous sur le site de RCJ: https://radiorcj.info/emissions/philosophie-gabrielle-halpern/