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Chronique Philo pour Radio RCJ: "Elias Canetti : "Humains à durée limitée"" - Gabrielle Halpern

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    gabriellehalpern
  • 5 mai
  • 2 min de lecture


Cette chronique est présentée par la philosophe Gabrielle Halpern chaque mardi dans le journal de 12h sur la radio RCJ et vous offre un regard philosophique sur l'actualité.


« Bonjour à tous ! Quand on aime un écrivain, un peintre ou un musicien, il n’y a rien qui comble davantage de joie que la découverte d’un livre inédit, d’un nouveau tableau ou d’une musique inconnue. Je ne résiste donc pas à partager avec vous un petit bijou découvert il y a peu : « Humains à durée limitée ». Il s’agit d’une étrange pièce de théâtre d’Elias Canetti, l’un des plus grands penseurs européens du XXe siècle, mon maître à penser. Je n’en avais encore jamais entendu parler. « Humains à durée limitée ». Elias Canetti imagine un monde dans lequel chaque être humain reçoit à sa naissance un médaillon portant sa date de mort et un nom correspondant à son nombre d’années de vie : vous aviez de la chance si vous vous appeliez Quatre-vingt-dix, beaucoup moins si vous vous prénommiez Vingt-huit ! Cette pièce de théâtre tragi-comique explore ce que cela signifierait, pour une société, si les dates de mort étaient connues à l’avance par tout un chacun. Le meurtre n’aurait plus aucun sens, on ne serait plus angoissé par l’incertitude, chacun pourrait s’organiser à l’avance. Mais un tel monde n’échapperait pas à un effet pervers : si l’on sait quand chacun va mourir, alors ceux qui sont promis au plus vieil âge sont considérés comme supérieurs par rapport à ceux qui mourront jeunes. Dans cette aristocratie basée sur la longévité, peu importe que vous soyez bon, intelligent ou travailleur, pourvu que vous mourriez très âgé. Dans un monde où le mérite repose sur le nombre d’années, ce sont les Quatre-vingt-quinze et les Cent-deux qui récoltent le plus d’amour et de demandes en mariage, tandis que les Douze, les Dix-neuf et les Vingt-quatre font pâle figure.

 

Maintenant, la question qui se pose est la suivante et je m’adresse à chacun d’entre vous, personnellement : si vous aviez su, quand vous aviez quatre ou six ans, la date précise de votre mort, cela aurait-il changé quelque chose ?  Si l’on vous avait dit que vous auriez une courte ou une longue vie, auriez-vous vécu autrement ? 

 

Je vous pose la question, parce que, si je peux me permettre cette confidence, pour moi, cela changerait tout ! Cela aurait tout changé ! Je pourrais dormir, enfin, durant de longues heures la nuit, sans être réveillée par l’angoisse de l’incertitude d’une mort prochaine. C’est l’incertitude qui est insupportable. A moins que ce ne soit elle qui nous rende humains : ne pas savoir, douter, et dans le doute, agir, construire, créer, aimer, déplacer des montagnes, vivre pleinement puisque personne ne sait s’il sera encore là demain ».


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